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Memories... [Clos]

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avatarInvité
Message Dim 10 Fév - 11:33



La lettre dans sa main, relue et relue, jusqu'à y croire. Une missive froissée serrée entre ses doigts, comme l'on se raccroche à une dernière chose, à une dernière réalité.
Tout s'écroulait et lui restait là, debout, droit. Le messager était-il partit depuis quelques heures ou quelques minutes ? Il lui semblait que le monde tombait en poussière autours de lui. Comme une statue, soudain, oubliant où il se trouvait, il était incapable de bouger.
Il n'avait plus conscience d'être dans la bibliothèque. Plus conscience de rien. Seul le battement sourd de son cœur résonnait dans sa tête, lui prouvant qu'il était encore vivant et les sons lui parvenaient de manière assourdie, comme depuis un voile de coton.

La douleur est une vue de l'esprit. Il avait déjà beaucoup souffert, lorsque le poison qu'il mettait au point brûlait sa bouche, sa gorge même, le privant du sens du goût. Il avait souffert, oui, physiquement, bien des fois. Mais jamais une telle sensation ne l'avait terrassé.
Le digne maître de guilde, si insensible, si distant, coupé aux émotions humaines, semblait à cet instant plus pâle que jamais, son visage exsangue ne reflétant rien qu'un vide abyssal et effrayant.
Il se tenait au bord d'un précipice mental et tout ce qui l'avait toujours retenu dans l'humanité venait de se rompre pour l'y laisser tomber.

Il ne courut pas, il ne pleura pas. Il marchait seulement, d'un pas lent, comme quelque golem ancien et cassé. Il marchait sans voir, avançant dans les tréfonds de son sanctuaire, perdant lentement tout lien avec la réalité. Il ignora même l'âme jumelle d'Arkhail, dont le rugissement, comme une longue plainte lugubre, venait de résonner dans les galeries. Un long cri pour ceux que ne pousseraient pas son frère mortel.

Il se tenait à présent sur le promontoire face aux deux rivières souterraines, là où étaient adoubés les membres de la guilde. Le flot tumultueux des rivières faisait un écho à ce vide infini, le remplissant d'un son inutile et creux.

Il s'était laissé tomber à genoux, se blessant légèrement sur le roc froid, restant simplement là, les yeux dans le vague, comme un enfant perdu. Les arbres lumineux éclairaient doucement l'endroit, mais il ne voyait déjà plus. La vision brouillé d'une chose qui n'avait jamais coulé sur ses joues pâles. Jamais nul pleur, jamais nulle larme. Et à présent, il sentait les sanglots secouer sa poitrine sans pouvoir les arrêter ou les endiguer. Il pleurait, comme pleure un enfant, sans retenue ni fausse pudeur, seul sur cette avancée de terre face aux flots souterrains.

Et il n'entendait qu'à peine l'écho de ses sanglots modulé en une plainte de dragon, qui sonnait comme un chant d'une tristesse infinie. Arkhail pleurait à sa manière de dragon, avec ce dragonnier aimé. Ils pleuraient la perte des deux êtres les plus chers au monde.
L'une d'elle, plus chère encore que tout.

Hattusha ne reviendrait jamais victorieuse de la guerre. Elle ne prendrait plus sa main en riant comme seule elle savait le faire. Il ne la verrait plus jamais, couronnée du soleil du désert sur ses cheveux clairs. Plus de sourire et plus de tendres baisers. Plus rien qu'un néant glacial.

Les mains plaquées sur la pierre froide, il hoquetait, les larmes tombant sur ce sol noir et stérile, sans plus pouvoir parler, ou simplement penser.
Elle était morte. Aldo était mort. Son passé, son humanité, ses sentiments... Etaient morts avec eux, avec cet immense vide qui gangrénait sa poitrine en lieu et place du cœur.

L'odeur minérale de la pierre humide faisait une gangue à son chagrin. Sur les hauteurs rocheuses, la gueule levée vers le ciel, loin au dessus d'eux, le chant du dragon résonnait toujours, comme un hymne à ceux qui étaient tombés, avertissant chacun qu'un malheur était survenu.

Mais ce malheur-ci n'avait de valeur que pour un seul homme, dont la vie venait d'être détruite en un instant, balayée par une guerre dont il n'était qu'un spectateur. Il y aurait toujours des guerres et il y aurait toujours la Main du Jugement dans l'ombre des grands faits de l'histoire.
Il y aurait toujours quelqu'un pour relever la main qui tenait le flambeau et le faire brûler plus fort. Alors à quoi bon, oui, à quoi bon ? S'il mourrait dès à présent, son âme et celle d'Arkhail s'enfuiraient-elles vers les cieux ou bien se réincarneraient-ils comme ils l'avaient toujours fait ?

La rivière coulait toujours, et le temps passait toujours autours de lui, dont le cœur, comme une horloge, s'était arrêté sur l'heure de la mort de sa bien-aimée et de son cher ennemi.
Hattusha et Aldo, deux compères et deux complices. L'un qu'il prétendait haïr. L'autre qu'il aimait. Et pourtant, à cette heure, il les pleurait en égaux. Les deux facettes d'une même pièce. Ses sanglots déchirant le silence de cathédrale de ce lieu sacré pour bien des nouveaux venus.
Il ne mourrait pas, bien sûr, mais quelque chose était mort, au delà de la mort de deux amis, deux amours. Quelque chose qu'il pensait n'avoir jamais eu. Le souffle d'un sentiment, d'un amour sincère et pur, que rien n'avait pu corrompre.
La complainte d'Arkhail se tut, mourant dans de derniers déchirants échos. Les sanglots de l'humain s'étaient tus alors qu'il gisait sur le flanc, enroulé en chien de fusil sur le sol humide, ses yeux noirs rougis de larmes fixant le néant. Seule une faible respiration sifflante et le mouvement de sa poitrine sous la cape noire qui le couvrait un peu se faisait encore entendre, prouvant que même une telle perte la vie continuait encore... Ténue et fragile. Une vie comme un cœur de verre, qui venait de se briser.
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Lucem
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Estefania Quinto
Message Dim 10 Fév - 12:55

    Le temps n'avait rien permit. Ni à s'acclimater aux lieux, ni à sa nouvelle charge. Alecto se contentait de faire ce qu'on lui disait, à présent, car elle en avait assez d'être une lame sans bras pour la guider, sans objectif; une vie d'errance émoussait même les plus fins stylets. Servir était également une noble cause; servir à quelque chose encore plus. Alors elle n'avait rien dit, prêtant allégeance en se moquant éperdument du Divin Akhail, des préceptes, des promesses de sang: elle servait maître Candel Harfang et c'était là pour elle sa seule et unique promesse. Il lui avait sauvé la vie, et elle la lui avait donné. C'était bien tout. Elle avait toujours été une femme de paroles, mais pas de complexités; et les enseignements de la Main du Jugement ne l’intéressaient pas. Ce n'était qu'un enrobage.

    La rousse faisait parti de ces créatures à sang-froid qui tue sans raison ni excuse. Qui ne se cherche aucune circonstance; ce n'est qu'un travail, qu'une action. Et la mort plane toujours au dessus des vivants, allant de pair avec l'existence. C'était comme ça: aucune mort ne l'avait jamais heurté, surtout pas celles de ses proches. Sa propre mort la laissait de marbre, et celle d'Ephiathès, si elle arrivait, aurait simplement comme conséquence de provoquer son suicide. Parce que la mort est une chose naturelle; mais elle refusait de vivre sans son dragon, son bienfaiteur, son amour: c'était son choix: la mort emporte sur tout, même l'amour le plus profond.

    De la situation de maître Harfang, Alecto ne savait rien; elle s'en fichait. Le doyen Haalu lui avait dit qu'il était fiancé à la reine Hattusha, souveraine des Roroas. Elle avait haussé les épaules et dit qu'elle ne voyait pas pourquoi il lui disait ça; le vieux grigou avait simplement sourit et était parti dans son coin. Maudit vieillard: elle ne l'aimait pas. La vie au sanctuaire était aussi morne que celle précédente; entre la cérémonie, la prise de quartiers, Alecto avait eut à faire. Elle se montrait distante et sauvage avec les autres assassins, restant dans son coin, ne parlant que si elle y était invitée. Une enfant farouche, qui parfois aimait à explorer sa nouvelle demeure en solitaire. Toujours seule mais éternellement accompagnée par la pensée d'un Monarque de Foudre.

    La grotte avait la luminescence irréelle des champignons phosphorescence, lumière diffuse, falote, d'un bleu bâtard et lunaire. Baignée d'un silence minéral, seul le cour de la rivière souterrain donnait un semblant de mouvement au lieu comme hors du temps. La jeune femme regarda un long moment les parois froide de la grotte, ces cristaux, et couta le silence en soupirant d'aise. Elle portait la tenue de cuir noir de la Main du Jugement, troqué contre ses costumes bien coupés. Serait-elle un jour à l'aise là dedans? Elle ne savait pas.

    Elle le vit arriver depuis son perchoir, en vue de plongée; sa démarche était à la fois lente et lourde. La rousse plissa les yeux, l'ai froid, et fit quelques pas en arrière pour rester hors de vue. Le maître ne devait pas la voir. Il y eut comme quelque chose dans l'air, électrique et funeste; même elle le sentit. Mais elle n'en fit pas cas, son regard bleu et insensible sur le maître de la Main. Il tomba sur les genoux, les mains sur le sol, comme un animal abattu. Qu'avait-il donc?

    Elle ne compatissait pas; elle s’en moquait. Faisant échos à ses pleurs, le cris déchirant d'un grand dragon qui comprenait et sentait la souffrance de son dragonnier; un rugissement désagréable porté par l'air des galeries. Alecto fit encore un pas en arrière, prudente, plissant les yeux car le rugissement d'Arkhail lui dérangeait les oreilles. Maudite bête, tais-toi. La rousse observa un long moment Candel depuis sa position; il était faussement vulnérable en cet instant mais elle ne doutât pas qu'il serait réellement à portée de dague.

    S'imaginait-elle soudain en train de le frapper en plein gorge? Pourquoi pas. Juste comme ça, sans raison. Comme une sorte de dominance. Et advienne que pourra. Ou le frapper dans les reins et attendre sa mort, plusieurs heures après. Mais elle ne le ferait pas: aucune raison de le faire. Mais elle s'avança de quelques pas, découvrant sa présence du haut de sa petite falaise comme si elle désirait qu'elle sache qu'elle était là; qu'elle avait tout vu.

    Alecto dévisageait Candel sans expression particulière. Elle ne ressentait rien; elle ne savait pas ce qui le déchirait de cette manière, lui qui était toujours si égal. Lorsqu'il la vit enfin -elle était capable de cacher sa présence très habilement quand elle voulait- la jeune femme se contenta de glisser au bas de la falaise en glissant contre la roche, s'écorchant un peu les gants et les bottes, se réceptionnant comme elle put pour le rejoindre, enjambant les cristaux.

    "Maître."


    Rien dans sa voix; elle le dévisageait simplement, profitant un peu d'être debout et lui à genoux. Elle n'avait pas oublié ce qu'il avait fait pour elle au palais Gorgo; mais elle n'avait pas oubli non plus qu'il l'avait frôlé: son regard disait tout son mépris.

    "Être à genoux est indigne", cracha-t-elle finalement, comme agacée, "et pleurer ne sert à rien, quoi qu'il vous arrive. Relevez-vous."

    Qu'elle était rude, cette rousse glaciale à la fois raffinée et mal dégrossi, lui tendant simplement la main. Et son regard froid était posé sur luis ans attendre particulièrement de réponse. Mais il ne devait pas rester à genoux. Elle ne cherchait pas à le consoler car elle connaissait l'homme, mais surtout se connaissait: elle s'en fichait éperdument.

    "Si mon maître est à genoux devant moi, c'est qu'il est mon inférieur. Alors debout, si vous ne voulez pas que je vous méprise comme un petite gens."